« ON PERMET AUX CIGOGNES EN HIVER AUSSI ! »
- profession de croyance -

 

 

Il y a quelques années, là où « Grindul Lupilor » (la rivière des loups) s’approche de la mer, à « Gura Portiţei » (la bouche de petit porte…dans tous les sens), j’ai achevé l’été en compagnie du poisson, de la bière et des histoires des indigènes, du vin demi sec et des paysages mûrs, sur une plage quittée et mouillée par les vagues plus souvent qu’ailleurs.

 

C’est là que j’ai entendu pour la première fois un type tout à fait particulier se révolter contre l’impuissance, concrétisée par une semi question posée par un pêcheur non résigné et qui se trouvait à la frontière bachique entre les inhibitions acquises et l’affichage involontaire de l’ego. La question, posée avec chagrin, était adressée probablement à la mer et au ciel serein d’été, qui se trouvaient dans un état d’opposition, injustement révélée, avec l’hiver, la solitude et la pauvreté qui vont s’installer implacablement. « Pour quoi ne permet-on pas aux cigognes en hiver aussi ? » – ahanait le soupir surpris de ce pêcheur-là et de sa révolte, énoncée vers personne.

C’est en ce moment-là que j’ai eu l’intuition d’une erreur incluse dans ce cliché qui nous fait placer l’été contre l’hiver, le soleil contre la nuit, la santé et le bien contre la maladie et le mal. Pensés dans une manière binaire et exclusiviste, l’un contre l’autre, nous les faisons se définir dans un complémentarité imposée, nous les hiérarchisons dans un besoin réciproque d’extrême et nous faisons en sorte qu’au bien soit nécessaire le mal pour sa propre existence, devenue ainsi caduque.

Trouvé entre le ciel et la terre, arc prolongé vers la mer, je me suis proposé ce temps-là, à la table des pêcheurs, de ne plus permettre à aucun type d’antagonisme artificiel d’assombrir le grand miracle de vivre et de contempler ma vie et la vie de tous les autres, ensemble et / ou individuellement. En intervenant pour l’harmonie ou en me laissant intervenu par un tout autre type de maturité qui n’a jamais cessé de me charmer, dès ce temps-là et jusqu’à la fin j’utiliserai mon énergie pour un nouvel art de vivre pour moi et pour les autres aussi ! Cette manière d’accepter et de « bâtir » le miracle ne fait en aucune façon la vie plus légère, mais on m’accorde ainsi la chance de m’en réjouir sans affecter la joie d’autres, ou même en la soutenant. Prise ainsi, la révolte résignée du pêcheur de Grindul Lupilor s’est transformée pour moi dans un « postulat individuel », qui me donne le pouvoir du combat contre la résignation et la suffisance, tant que menace personnelle, mais aussi que fléau éternellement placé sur l’organe reproducteur de l’humanité.

J’affirme, encore une fois, un idéal qui a été pour moi un appui et une force motrice pendant les moments difficiles et pendant ceux de construction, et que je continue l’offrir comme option formulée dans un contenu vaguement illettré, qui humanise.

Donc, je l’affirme : « On permet aux cigognes en hiver aussi ! »

Cette manière d’essayer l’extension des limites de l’humaine jusqu’à la frontière de l’impossible, je la comprends comme une première détermination et un premier devoir en tout ce que je conçois ou j’entreprends, avec toute la modestie et tout l’orgueil assumé dont je me sens capable – individuellement, ainsi que dans la relation avec l’Universel, tant qu’il me soit accessible.

Ecrit à BUCAREST, 1996

 

 

 

 

florinel andrisan - artiste peintre
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